Les évolutions du MSC: VMS (Vessel Monitoring System)

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Loin d’être mort, le VMS (Vessel Monitoring System) connaît paradoxalement une seconde jeunesse en 2026, mais son rôle a radicalement changé. Il ne cherche plus à concurrencer l’AIS sur le terrain de la "visibilité", il devient l’outil de la contrainte et de la preuve.

On a effectivement pu entendre, au milieu des années 2010, que le VMS  était devenu une technologie "vieillissante" ou "dépassée" face à l’explosion de l’AIS par satellite et de l’imagerie radar (SAR).
Pourtant, le VMS n’est pas "old-fashioned" : il est spécialisé. On peut comparer le VMS à un réseau radio crypté militaire, tandis que l’AIS serait le réseau 5G public. L’un est rustique mais robuste, l’autre est moderne mais vulnérable.

Depuis le 10 janvier 2026, de nouvelles règles de l’Union Européenne (Règlement de contrôle 2025/2196) ont enterré l’idée d’un abandon du VMS :

  • Généralisation  : L’obligation du VMS s’étend désormais à tous les navires de pêche de l’UE, y compris les plus petits (auparavant exemptés sous les 12m).
  • Fréquence accrue : Dans les zones sensibles ou protégées, la transmission VMS va passer d’une position toutes les 2 heures à une position toutes les 30 minutes.

"Anti-Tampering" : L’inviolabilité comme argument

Contrairement à l’AIS (MarineTraffic/Kpler), qu’un capitaine peut éteindre "par erreur" ou pour des raisons de sécurité (piraterie), le VMS est :

  • Scellé  : Toute coupure de signal déclenche une alerte immédiate auprès du FMC (Fisheries Monitoring Center).
  • Preuve Juridique  : En droit européen, et particulièrement depuis la réforme de 2025, le système repose sur un faisceau de preuves numériques. Le règlement 2025/2196 renforce la valeur juridique de toutes  les données électroniques transmises. Sont ainsi recevables :
  • Les données ERS (Journal de bord électronique) : Bien que remplies par le capitaine, elles engagent sa responsabilité pénale.
  • Les données AIS : Bien qu’initialement prévues pour la sécurité, elles sont de plus en plus utilisées comme preuves complémentaires pour croiser les positions VMS.
  • La vidéosurveillance (CCTV) : Pour les navires de plus de 15 mètres présentant un risque de non-conformité à l’obligation de débarquement, les enregistrements vidéo font désormais foi pour constater les rejets illégaux.

La spécialisation par le "VMS-IoT"

Le VMS "old fashion" devient un hub IoT (Internet of Things). Il n’envoie plus seulement une position, mais il est désormais couplé à :

  • L’ERS (Electronic Reporting System) : Les journaux de bord électroniques qui certifient les captures en temps réel.
  • Capteurs d’engins : Des capteurs sur les treuils qui confirment via le VMS que le navire est bien en train de pêcher (et non juste en transit).

Le VMS  : C’est pour la souveraineté. C’est l’outil des États pour la gestion des stocks de poissons et le respect des frontières maritimes. Les données VMS sont confidentielles et ne devront jamais vendues.

Le nouveau règlement européen sur le contrôle des pêches : Règlement (UE) Règlement (FR) 2023/2842)et son règlement d’application (UE) 2025/2196 sont entrés dans une phase d’application critique en ce début d’année 2026.

Le calendrier est progressif pour permettre à la flotte (surtout artisanale) de s’équiper, mais les échéances sont désormais très proches :

Les dates clés de 2026 (Le tournant)

10 janvier 2026 : 

Pêche de loisir  : Enregistrement obligatoire et déclaration journalière des captures via l’application RecFishing  pour les espèces sensibles (Bar, Lieu jaune, Thon rouge, Dorade rose).

Système CATCH : Devient obligatoire pour toutes les importations de produits de la pêche dans l’UE (certification numérique des captures – voir page d’accueil ci-dessous). Depuis début 2024, la transition est en cours. Les entreprises doivent s’enregistrer sur la plateforme TRACES.NT (où est hébergée l’application CATCH) pour continuer à importer légalement des produits halieutiques sur le territoire européen.

Pesée au débarquement : Nouvelles procédures harmonisées et obligatoires. Pesée à quai vs pesée en mer.
La pesée à quai nécessite des infrastructures et du personnel disponible : pas toujours évident selon l’heure de débarquement et le nombre de navires à la débarque => congestion et perte de temps, surtout quand la pêche fraiche débarquée doit être mise au frigo rapidement.

La pesée en mer, nécessite du matériel de pesée « motion compensated » (qui prenne en compte les mouvements du navire) homologuée. Les fabricants historiques sont MAREL, SCANVAEG et MARELEC.

30 juin 2026 : Date butoir pour certaines normes sectorielles de reporting de durabilité liées à la pêche.

Le règlement d’exécution (UE) 2025/2196 de la Commission, adopté le 17 octobre 2025 sur le contrôle des pêches, prévoit l’obligation de numérisation des données de traçabilité à compter du 10 janvier 2026. Or, cette échéance apparaît irréaliste pour de nombreux opérateurs, faute d’un cadre technique harmonisé à l’échelle européenne. Néanmoins, dans la dernière proposition d’acte délégué complétant ce règlement, la Commission a retiré tous les articles relatifs à la numérisation, témoignant de la difficulté liée à sa mise en œuvre.

Échéance VMS et ERS (Navires < 12 mètres)

C’est ici que le changement est le plus fort pour les "petits métiers" :

D’ici le 10 janvier 2028 (au plus tard) : Tous les navires de moins de 12 mètres devront être équipés d’un dispositif de suivi (VMS) et d’un journal de bord électronique (ERS).

Note : Certains États membres (dont la France) anticipent déjà ces installations via des aides financières massives en 2026 pour éviter l’embouteillage technique en 2027.

Fréquence et Surveillance (2027 - 2028)

10 juillet 2027 : La fréquence de transmission du VMS passera obligatoirement à 30 minutes (contre 2h auparavant) pour tous les navires (Art. 23-1-a).

Janvier 2028 : Généralisation de la surveillance électronique à distance (REM) incluant la CCTV  (caméras embarquées) pour les navires de plus de 18 mètres présentant un risque élevé de non-conformité à l’obligation de débarquement.

Si la PCP est unique, son application est un véritable "patchwork" européen. En 2026, la frustration des pêcheurs français vient justement de ce sentiment de deux poids, deux mesures.

Alors que la France vient de publier (février 2026) son calendrier strict pour l’emport obligatoire du VMS  sur les moins de 12 mètres, d’autres pays traînent des pieds ou interprètent les règles avec une souplesse déconcertante.

Voici les trois fractures majeures qui divisent l’Europe de la pêche aujourd’hui :

1. La "Guerre des Sanctions" : Administratif vs Criminel :

L’UE a tenté d’harmoniser les sanctions en 2024-2025, mais la réalité de 2026 reste fragmentée :

  • Les "Élèves Sévères" (France, Allemagne, Danemark) : Une infraction VMS ou un dépassement de quota peut vite basculer au pénal avec des amendes massives et des saisies de navires. Le contrôle est quasi-militaire (Marine Nationale, Affaires Maritimes).
  • Les "Souples" (Italie, Grèce, certains pays de l’Est) : Les infractions y sont souvent traitées comme de simples amendes administratives, parfois contestées pendant des années. En Italie, malgré une poussée vers la criminalisation, le réseau de contrôle reste beaucoup moins serré, créant une distorsion de concurrence directe pour les pêcheurs de Méditerranée.

2. Le REM (Caméras à bord) : Le grand refus

C’est le point de rupture le plus net.

  • La Commission européenne pousse pour l’installation de caméras pour vérifier l’obligation de débarquement (ne plus rejeter les poissons hors quota).
  • Le front du refus : L’Espagne et le Portugal, avec leurs flottes puissantes, font un lobbying intense pour retarder l’installation généralisée. À l’inverse, des pays comme les Pays-Bas ont déjà industrialisé ces systèmes. Cette disparité crée un sentiment d’injustice : pourquoi un patron breton serait-il filmé alors qu’un palangrier espagnol dans la même zone ne l’est pas encore ? « Re Zo Re ! »

3. Le poids de la géopolitique (Maquereau et Brexit)

L’actualité de mars 2026 montre que même les États membres "durs" finissent par craquer sous la pression économique :

  • Le recul sur le Maquereau : Face à la Norvège et au Royaume-Uni qui surexploitent le stock, l’UE vient de décider (le 30 mars 2026) de relever ses propres quotas de 48%, contre l’avis des scientifiques.
  • Le message envoyé  : "Puisque les voisins ne respectent rien, on ne peut pas être les seuls à se sacrifier." Ce raisonnement fragilise toute la crédibilité du contrôle VMS/PCP.

La PCP face à ses contradictions (Article du MARIN publié le 14 Mai 2026)
Dix ans après la dernière grande réforme de la politique commune de la pêche (PCP), le doute s’installe dans les rangs de la filière. Car si les outils de gestion des stocks et de contrôle se sont renforcés, les résultats socio-économiques promis peinent, eux, à apparaître.
Flotte vieillissante, renouvellement bloqué, rentabilité fragilisée, perte d’attractivité... Le constat revient désormais régulièrement chez les producteurs. Dans un entretien accordé au marin, Julien Lamothe, secrétaire général de l’Anop estime ainsi que la PCP « n’a pas produit les résultats socio-économiques attendus » et appelle à « revenir à un certain pragmatisme ».
Le sujet dépasse largement le seul débat technique sur les quotas. Car au fil des réformes, la PCP s’est aussi transformée en un ensemble réglementaire de plus en plus complexe. Obligation de débarquement difficilement applicable, poids administratif croissant, sentiment d’une centralisation persistante des décisions. Autant d’éléments qui nourrissent l’impression d’un décalage entre les objectifs affichés à Bruxelles et les réalités vécues par les flottilles.
Pour autant, la question n’est pas de revenir en arrière sur la gestion de la ressource. Le changement climatique, l’évolution des écosystèmes ou les tensions géopolitiques rendent au contraire l’exercice encore plus délicat. Mais la future réforme souhaitée par la filière devra probablement répondre à une problématique centrale, celle de maintenir une flotte européenne viable tout en poursuivant les ambitions environnementales affichées par l’Union.
Derrière les discussions sur les plans de gestion ou les normes de contrôle, c’est désormais la capacité même de l’Europe à conserver une pêche productive et renouvelée qui se joue.